Autour de : Mme de Néanderthal. Les créatrices

Catégorisé comme autour de, saison 1

Ce texte est une « note d’intention » issue de la plaquette de présentation du spectacle « Madame de Néandertal, journal intime », éditée par la compagnie Java Rebelle.

Sortir de la survie pour accéder à une vie plus légère et lumineuse.

Le spectacle raconte l’évolution de conscience d’une femme Néandertalienne à l’aube du bouleversement de sa civilisation. Entre tradition et modernité, entre ce qui nous fonde et nous protège mais peut aussi nous figer et nous faire disparaître. Et ce qui nous fait évoluer, vers le pire, comme la cruauté ou vers le meilleur, comme l’art.

Pascale Vignal
actrice et créatrice du projet.

Elle me parle !

Cette femme me parle de sa force et de sa fragilité, de l’incroyable puissance de vie au cœur des difficultés, au cœur de la peur et des crises traversées. Elle me parle de la nature généreuse. Cette nature mystérieuse avec ses esprits créateurs d’éléments et de cycles. Elle me parle de l’attraction de l’inconnu, du désir, des émois d’une femme amoureuse. Mais aussi, de l’entraide au sein du clan et de toutes ces petites victoires inventives qui font avancer femmes et hommes vers plus de beauté.

Vers plus d’humanité.

Avant que ça commence…
En 2015, je décide d’incarner, seule en scène, l’histoire de Madame de Néandertal, femme préhistorique qu’une rencontre avec « l’autre » va bouleverser physiquement, émotionnellement et mentalement.
Ce spectacle est l’accomplissement de mon parcours de comédienne et la concrétisation d’un vœux émis il y a de plus de 30 ans. Jouer une héroïne à la fois forte et sensible, drôle et touchante, et tous les personnages du clan qui l’entourent.

Ça commence !

La Grande est toute retournée. Elle vient de croiser un drôle de Zigue et ça ne lui dit rien qui vaille. Surtout qu’il n’est pas seul… Qui sont-ils ? Que veulent-ils ? Comment réagir face à eux ? Avec l’aide de sa bande, La Grande tente de faire face à une situation inédite qui bouleverse tous leurs repères. Cependant, son cœur ressent un trouble inconnu pour celui-là même qu’elle craint …
Les spectateurs, transportés dans l’univers du Clan, partagent pendant 1 heure 15 la vie de nos ancêtres lors de cette extraordinaire rencontre.

Jeu

J’incarne la Grande mais aussi les autres membres du clan : les femmes, les hommes, les ados dont sa fille et son fils, les anciens. Comme eux, nous avons nos forces et nos fragilités, et comme nous, ils ont leurs tracas quotidiens dont nous pouvons rire et être touchés. Très organique, tous les sens sont en éveil. La justesse du jeu passe par le langage du corps, la générosité du geste et l’intériorité du personnage, tout en s’appuyant sur les faits scientifiques.
Sous le regard du public, nous inventons notre propre préhistoire !

Rencontre extraordinaire

Cette histoire, « Madame de Néandertal journal intime » raconte la première rencontre entre des Néandertaliens et «des Zigues» ou Sapiens. Rencontre entre un monde qui se termine et un autre qui commence. Ne sommes-nous pas, nous-mêmes en ce moment, dans un bouleversement de société? Nous invitons le public à retourner à la source, à faire vibrer la corde sensible qui nous relie à nos lointains ancêtres et à entendre les échos qui résonnent en nous, aujourd’hui, dans notre propre histoire.

Pascale Leroy
auteure

Sortir des lignes droites pour une deuxième vie !

Opportunités

La proposition de Pascale Vignal m’a offert des opportunités passionnantes. Elle m’a permis de travailler en équipe, avec une comédienne, une metteure en scène, et une scénographe, d’entrer ainsi dans une aventure collective quand le travail de l’écrivain est si solitaire.     

D’accepter la discussion, l’échange, la contradiction, l’émulation, les différences de point de vue, de sensibilité, autrement dit la rencontre. De constituer ensemble un petit « clan », modèle réduit de celui où vivait notre Madame de Néandertal, mais où chacune à sa place, son rôle et respecte ceux de l’autre.

Décalage

Cette rencontre est au cœur même de la pièce : rencontre des Néandertaliens avec les premiers Sapiens arrivés en Europe et l’inquiétude que cela provoque chez les premiers qui se croyaient seuls au monde. Comment composer face à l’Autre, avec une apparence différente, une culture différente, un mode de vie différent ? Comment composer avec les sentiments que cela provoque en soi : effroi et fascination, peur et attirance, désir et dégoût ? Et quelle attitude adopter ?

Voilà des questions… très contemporaines. Sauf que notre héroïne et son clan y sont confrontés il y a 30 000 ans !    

De là naît un décalage qui me semble un point essentiel du livre et se trouve encore accentué dans le spectacle :      

les spectateurs doivent pouvoir s’identifier aux personnages, qui pourraient être des copains, jusqu’à ce que le contexte (pré) historique se rappelle à eux de manière d’autant plus comique qu’elle est inattendue.

Renaissance

Enfin, la proposition de Pascale Vignal m’est apparue comme une aventure très excitante : passer du livre à la scène, ce n’est pas rien ! Donner corps aux personnages imaginés, les voir s’incarner sous mes yeux quand jusque là ils l’étaient dans ma tête, c’est assister en quelque sorte à leur renaissance. Comment tout ce petit monde allait-il se comporter ? À quoi cela ressemblerait-il ? Il y avait de la curiosité dans l’air, de l’inconnu et donc de la surprise. En tout cas, j’avais très envie d’être surprise et je savais que Pascale avait tout le talent qu’il faut pour y parvenir.

Corinne Lallemand
metteure en scène.

Motivations

Pour les chefs-d’œuvre d’argile de nos anciens et leurs chevaux en mouvement, pour l’éternité, pour son énergie et le courage d’être seule en scène, pour sa grande palette de comédienne, j’accompagne Pascale Vignal dans sa création.

Au début

On entend une mélodie de Hang…  Mme de, l’écrivain, apparaît avec son ordinateur et  nous ouvre la porte d’un monde très particulier : celui de la rencontre du présent et de la préhistoire.

Puis, le personnage de La Grande qu’elle a imaginé apparaît et nous raconte son histoire, tout en la vivant.

L’ambiance sonore

Sons de gouttes, de ruissellement, de feu qui craque, de sabots de chevaux, de torrent, de vent pour l’extérieur. Le Hang, composé par Francesco Agnello, devient la musique rêvée par Mme de pour la danse de la fécondité ou celle de la mort, tandis que les percussions créées par le compositeur Nicolas Brasart accompagnent la marche de La Grande, l’inquiétude du clan ou la grande fiesta.

Madame de Néandertal

Madame raconte ses joies, ses peurs et ses chagrins de mère, de fille, de compagne, d’amie… Elle raconte sa rencontre avec Homo sapiens et comme une toute jeune fille, le désir physique qu’elle éprouve pour l’un d’eux, l’humour toujours en avant, comme un étendard. Ce monologue contemporain nous conduit dans une préhistoire rêvée.

En extirpant des tiroirs du décor les éléments de son musée personnel, la Grande partage une intimité avec la nature : fourrures, coupelles d’ocre, sac en peaux, coquillages, os de bison, petites pierres. Par sa voix, par son corps, par la description des paysages, son parcours est finalement le nôtre.

De l’infiniment lointain, le temps est aussi celui de l’être humain qui ressent, réfléchit et veut donner un sens à sa vie. La préhistoire, se présente à nous, simple et forte.

Ça marche !

Madame La Grande souffle de l’ocre sur la paroi de sa grotte chimérique et pose alors le plus grand acte de sa vie.

Une dernière image me vient alors avant sa disparition, une femme debout, bâton à la main, en contre-jour, qui représente toute l’humanité qui marche et qui continue de marcher.

Anne-Sophie Grac,
scénographe, costumière

Le projet

Lorsque Pascale m’a proposé de réaliser la scénographie et les costumes de son « seule en scène », j’ai été stimulée à l’idée de collaborer avec l’auteure du roman, et ainsi transformer cette histoire en une véritable aventure théâtrale, unique et féminine ! Son envie d’incarner La Grande m’est apparu comme une évidence à la lecture du texte.

Transposition

L’histoire de Madame de Néandertal est une traversée dans le temps. Bien qu’elle soit de 30 000 ans mon ainée, je m’identifie naturellement à cette héroïne explosive et malicieuse qui s’interroge sur la vie, les autres, la séduction, sa féminité ou encore son rôle de mère. Le personnage de La Grande est à la fois une figure préhistorique étonnante et une femme ordinaire du XXI ème siècle.

Transformation surprenante et féminine

Pour les costumes, l’enjeu était d’approcher au plus près la silhouette féminine de l’époque, en passant par la création d’un vêtement en peau, mais aussi d’une coiffure et d’un maquillage spécifique (tatouages, bijoux, accessoires…). L’idée d’une « robe préhistorique » nous a permis de conserver l’aspect massif de la néandertalienne tout en lui assurant une allure féminine et une liberté de mouvement.

Au commencement, l’écrivaine entre vêtue d’un châle élégant, les cheveux relevés. C’est une femme d’aujourd’hui, coquette et déterminée. La lumière, presque imperceptible, laisse entrevoir peu à peu un espace architecturé: des dizaines de cartons et autres boites empilées forment une structure imposante autour de la comédienne. Nous sommes dans la grotte fantasmée de Madame, qui comprend plusieurs espaces distincts : le bureau de l’écrivain, le foyer, l’espace du repos, ou encore celui de la rivière.

Peu à peu, la lumière s’intensifie, les couleurs se révèlent, et La Grande apparaît. Les cheveux lâchés cette fois, on la découvre dans une robe en peaux de bêtes, plus dénudée, plus animale. A la manière d’un patchwork, ce vêtement est notre vision de La Grande : une Néandertalienne moderne, surprenante et féminine.

Une traversée des sens, poétique et contemporaine

Le spectacle est aussi une traversée sensorielle et physique de La Grande, qui éprouve sur scène les premières découvertes de l’Homme et son rapport à la nature. Sur le plateau, j’ai imaginé une atmosphère primitive et réaliste par l’utilisation de matières organiques comme la terre, l’eau, le végétal, mais aussi les sons, les lumières, le climat.

La scénographie éclaire l’aspect sensitif du récit de La Grande mais aussi le replace dans un contexte plus actuel.

L’accumulation des boîtes autour d’elle symbolise à la fois la cavité rocheuse de la grotte et les « tiroirs secrets » de son journal intime. L’utilisation du carton comme matière première renvoie à une certaine forme de simplicité : trouver la beauté dans cette apparente pauvreté. De même, on peut imaginer cet espace comme un lieu de précarité ou d’isolement. La Grande est seule face à ses questionnements, mais elle représente en réalité toutes les femmes du Monde. Seule en scène, elle s’adresse à tous les spectateurs, et plus largement, à toute l’Humanité.