Anne-Sophie Grac, scénographe, costumière

portrait anne sophie gracCe texte est une « note d’intention » issue de la plaquette de présentation du spectacle « Madame de Néandertal, journal intime », éditée par la compagnie Java Rebelle.

Le projet

Lorsque Pascale m’a proposé de réaliser la scénographie et les costumes de son « seule en scène », j’ai été stimulée à l’idée de collaborer avec l’auteure du roman, et ainsi transformer cette histoire en une véritable aventure théâtrale, unique et féminine ! Son envie d’incarner La Grande m’est apparu comme une évidence à la lecture du texte.

Transposition

L’histoire de Madame de Néandertal est une traversée dans le temps. Bien qu’elle soit de 30 000 ans mon ainée, je m’identifie naturellement à cette héroïne explosive et malicieuse qui s’interroge sur la vie, les autres, la séduction, sa féminité ou encore son rôle de mère. Le personnage de La Grande est à la fois une figure préhistorique étonnante et une femme ordinaire du XXI ème siècle.

Transformation surprenante et féminine

Pour les costumes, l’enjeu était d’approcher au plus près la silhouette féminine de l’époque, en passant par la création d’un vêtement en peau, mais aussi d’une coiffure et d’un maquillage spécifique (tatouages, bijoux, accessoires…). L’idée d’une « robe préhistorique » nous a permis de conserver l’aspect massif de la néandertalienne tout en lui assurant une allure féminine et une liberté de mouvement.

Au commencement, l’écrivaine entre vêtue d’un châle élégant, les cheveux relevés. C’est une femme d’aujourd’hui, coquette et déterminée. La lumière, presque imperceptible, laisse entrevoir peu à peu un espace architecturé: des dizaines de cartons et autres boites empilées forment une structure imposante autour de la comédienne. Nous sommes dans la grotte fantasmée de Madame, qui comprend plusieurs espaces distincts : le bureau de l’écrivain, le foyer, l’espace du repos, ou encore celui de la rivière.

Peu à peu, la lumière s’intensifie, les couleurs se révèlent, et La Grande apparaît. Les cheveux lâchés cette fois, on la découvre dans une robe en peaux de bêtes, plus dénudée, plus animale. A la manière d’un patchwork, ce vêtement est notre vision de La Grande : une Néandertalienne moderne, surprenante et féminine.

Une traversée des sens, poétique et contemporaine

Le spectacle est aussi une traversée sensorielle et physique de La Grande, qui éprouve sur scène les premières découvertes de l’Homme et son rapport à la nature. Sur le plateau, j’ai imaginé une atmosphère primitive et réaliste par l’utilisation de matières organiques comme la terre, l’eau, le végétal, mais aussi les sons, les lumières, le climat.

La scénographie éclaire l’aspect sensitif du récit de La Grande mais aussi le replace dans un contexte plus actuel.

L’accumulation des boîtes autour d’elle symbolise à la fois la cavité rocheuse de la grotte et les « tiroirs secrets » de son journal intime. L’utilisation du carton comme matière première renvoie à une certaine forme de simplicité : trouver la beauté dans cette apparente pauvreté. De même, on peut imaginer cet espace comme un lieu de précarité ou d’isolement. La Grande est seule face à ses questionnements, mais elle représente en réalité toutes les femmes du Monde. Seule en scène, elle s’adresse à tous les spectateurs, et plus largement, à toute l’Humanité.

 

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